Baudelaire et la photographie : ennemis irréductibles ?

Portrait de Baudelaire par Nadar (vers 1855)

Portrait de Baudelaire par Nadar (vers 1855)

A l’occasion du Salon de 1859, le poète écrit à Jean Morel, directeur de la Revue française, une lettre intitulée « Le public moderne et la photographie ». Violente et irrémédiable diatribe ? Pas si sûr. 

Baudelaire ne mâche pas ses mots : « Le Credo actuel des gens du monde […] est celui-ci : « L’art est et ne peut être que la reproduction exacte de la nature […]. Ainsi l’industrie qui nous donnerait un résultat identique à la nature serait l’art absolu. » Un Dieu vengeur a exaucé les vœux de cette multitude. Daguerre fut son Messie. »

Au fond, en quoi la photographie exaspère-t-elle l’auteur des « Fleurs du mal » ? Celui-ci est somme toute l’ami du photographe Nadar, excellent portraitiste pour lequel il pose régulièrement au milieu du siècle. Idem pour Carjat et Neyt.

Charles Baudelaire photographié par son ami Carjat

Charles Baudelaire photographié par son ami Carjat

Baudelaire au cigare, par Charles Neyt - 1864

Baudelaire au cigare, par Charles Neyt – 1864

Baudelaire révèle sa peur. Peur d’un engouement de masse pour une « industrie » et non pour «l’art » dont la caractéristique est de répondre aux critères du « Beau » bien distincts de ceux du « Vrai ». Il attribue le beau à la peinture, à l’écriture, à la sculpture en tant qu’expressions du « bonheur de la rêverie » ; la photographie, considérée comme exclusivement naturaliste, ne peut donc trouver grâce à ses yeux.

La très jeune Sarah Bernhardt pose pour Nadar

La très jeune Sarah Bernhardt pose pour Nadar

Portrait de Gustave Doré par Nadar

Portrait de Gustave Doré par Nadar

La dénonciation de « l’industrie » photographique se réfère aux pratiques d’alors. Il est de bon ton, à l’époque, de faire réaliser un portrait de soi-même ou de ses proches dans un studio. Les photographes professionnels font florès. La mode est alors d’avoir en sa possession un portrait « plus vrai que nature ».

Une démarche à l’opposée de celle de Nadar par exemple, qui fut l’un des premiers à utiliser cadrage et lumière afin de saisir, dans ses portraits, une part de la personnalité du modèle. Comme en témoignent… les photographies qu’il prit de son ami poète.

Portrait de Baudelaire par Nadar en 1856. Un regard troublant.

Portrait de Baudelaire par Nadar en 1856. Un regard troublant.

Baudelaire ou... Napoléon. En tout cas, c'est Nadar le responsable ;-)

Baudelaire ou… Napoléon. En tout cas, c’est Nadar le responsable 😉

Pour en savoir plus :

Texte intégral de Baudelaire sur la photographie : 
http://etudesphotographiques.revues.org/index185.html

Sur Nadar
http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.php?i=187
Une galerie de photos iconoclastes :
http://www.photo-arago.fr/C.aspx?VP3=CMS3&VF=GPPO26_3_VForm&RW=1680&RH=955&ERIDS=2C6NU0OBY4CR:2C6NU0OBSIV4:2C6NU0O0XRTS:2C6NU02VTLCH

De ci, de là : 
http://flaneriephoto.wordpress.com/2012/10/19/baudelaire-et-la-photographie-lencrochement-de-lindustrie

L’énigme des portraits ovales d’Arthur Rimbaud par Etienne Carjat : étonnante et amusante vidéo

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Une réflexion sur “Baudelaire et la photographie : ennemis irréductibles ?

  1. Un très bon article, précis, qui rapproche un peu plus photographie et poésie baudelairienne comme on en trouve peu ! Le tout agrémenté de quelques illustrations bien choisies et d’une vidéo… je n’en dis pas plus…
    Bref, merci la lavandière ! Je twitte

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